Elle est là, comme d'habitude. Depuis combien de temps fait-elle ce chemin pour venir jusqu'ici voir les vagues se briser sur les pieds de la falaise ?
Elle ne sait pas, elle sait juste que ce spectacle l'éblouit toujours. Elle s'assoit mettant ses jambes dans le vide, laissant les rafales du vent du nord lui lécher le visage aux traits émaciés, aux grands yeux gris naïfs, comme ceux d'un jeune enfant, laissant les gouttes froides ruisseler le long de ses cheveux d'ébène.
Après quelques heures, elle arrête de scruter l'horizon, elle renonce à l'envie d'aller la rejoindre, elle se sent seule. Pourquoi est-elle la seule à aimer la voir ?
Marchant dans la nuit noire, elle entend juste le bruit de ses pieds nus sur les gravillons... une étrange sensation l'envahit, celle d'avoir oublié quelque chose... ou quelqu'un... Elle voudrait tant partir, oublier tout, recommencer, se faire une place quelque part, où quelqu'un penserait à elle.
Ainsi le lendemain allant répéter ce rituel acquis au long des années, elle décide de faire un détour dans un champ afin de profiter de la belle journée d'automne où se mêlent dans les arbres, orange, rouge et jaune d'or.
Elle s'adosse à un rocher et sans s'en apercevoir s'endort bercée par le chant tumultueux des oiseaux. Beaucoup plus tard, elle s' éveilla. Depuis combien de temps est-elle là ? Elle ne sait toujours pas, elle n'a pas la notion du temps. Le ciel s'est couvert, les oiseaux envolés, et les couleurs feux, gaies des arbres ont cédé à des couleurs grisâtres de bois consumés. Le vent se déchaîne dans cette prairie isolée. Plus aucune touche de couleur ne permet de rendre l'endroit accueillant. D'un pas mal assuré, elle décide d'aller la retrouver pour un maigre réconfort provisoire... Rapidement elle retrouve sa falaise et répète les mêmes gestes que la veille. Elle est toujours là, étendue sous ses pieds, immense et majestueuse ...
Ainsi pendant plusieurs mois, elle répète encore et toujours le même scénario comme si elle ne trouvait pas de suite à son chemin. Elle ne s'assit pas pour une fois, elle laisse tomber une larme qui perlait au coin de son ½il, dans la mer déchaînée. Elle comprit que toute sa vie elle avait voulu la rejoindre... Lentement elle avança la jambe dans le vide, le visage pâle, les larmes envahissant ses yeux gris, les cheveux au vent. Elle l'avait toujours su... un sourire figé au coin de la lèvre, elle alla rejoindre la mer, qui comme d'habitude se brisait au pied de la falaise.